Avez-vous déjà ressenti cette différence subtile, mais essentielle ?
👉 Il y a la fatigue vivifiante, celle qui suit une journée dense, où l’on a mobilisé son intelligence pratique, affronté des obstacles réels, résolu des problèmes concrets. Une fatigue physique, oui, mais marquée par une joie tranquille, celle d’avoir exercé son métier « en vérité ».
Et puis il y a la fatigue qui colle, qui ronge, qui rumine. Celle qui naît des journées où, paradoxalement, on n’a pas vraiment travaillé, mais où l’on a dépensé une énergie immense à contourner des normes absurdes, à gérer des contradictions, à faire face à une organisation qui empêche.
C’est la fatigue de l’activité empêchée. Celle du non-sens, de l’inutile, de la frustration non symbolisée.
🔍 Éclairages croisés : psychologie du travail et philosophie
Ce que nous ressentons là, la clinique de l’activité l’analyse très finement : le travail réel n’est pas simplement ce que l’on fait, mais ce que l’on tente de faire bien, malgré les prescriptions, les contraintes, les écarts.
Baruch Spinoza, lui, nommait cette dynamique interne notre Puissance d’agir. Il ne s’agit pas de motivation ou d’énergie au sens vague, mais d’un rapport éthique et concret à la capacité d’exister et d’agir dans un milieu.
- ✅ La joie naît lorsque nous arrivons à exercer notre métier avec sens, créativité, professionnalité. Notre puissance d’agir est augmentée. C’est un opérateur de santé mentale.
- ❌ La tristesse surgit quand nous sommes empêchés : bridés dans notre intelligence du travail, privés de notre pouvoir de jugement. Notre puissance d’agir diminue.
📌 Le risque psychosocial, ce n’est pas toujours la charge de travail. C’est l’invisibilisation du réel du travail et la perte de reconnaissance subjective dans ce que l’on fait.
🛠️ 3 leviers pour restaurer son pouvoir d’agir (Potentia Agendi)
1️⃣ Nommer l’empêchement réel : Est-ce une procédure inutile ? Un outil inadapté ? Un conflit éthique ? En clinique de l’activité, mettre en mots ce qui entrave l’activité est un acte de reprise subjective.
2️⃣ Identifier des zones de « travail vivant » : Même fragmentaires. Où peut-on encore exercer son jugement, son savoir-faire, son sens du métier ? Ce sont des espaces de subjectivation, des ressources de vitalité.
3️⃣ Créer une marge de manœuvre, même infime : Réaliser une tâche à sa façon, retrouver un geste juste, même une heure par jour. Cela peut devenir une enclave de résistance psychique contre l’absurde.
💬 La santé au travail, ce n’est pas l’absence de charge. C’est la présence d’un pouvoir d’agir reconnu, soutenu, exercé.



